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L'ALIMENTATION DES PRÉDATEURS MARINS

Grand Albatros
leurs sites de nidification.
Emblématique des Terres Australes et Antarctiques Françaises, les oiseaux et mammifères marins de l'Océan Austral font régulièrement la une de l'actualité scientifique. Depuis une dizaine d'années, le développement de l'électronique permet d'équiper ces animaux à terre avec différents appareils miniaturisés qui enregistrent leur comportement alors qu'ils se nourrissent en mer loin de leurs colonies de reproduction. Couplées avec l'étude de leur régime alimentaire, ces techniques ont permis des avancées remarquables dans notre connaissance des interactions entre le réseau trophique pélagique et les prédateurs marins supérieurs.
Le pétrel à menton blanc, fidèle compagnon de route du Marion Dufresne, illustre bien certains de nos acquis les plus récents sur les stratégies d'alimentation. Le suivi satellitaire a montré que, pendant l'incubation, les adultes de Crozet se nourrissent majoritairement dans les eaux subtropicales, jusque sur les côtes d'Afrique du Sud situées à 3500 km de Pendant l'élevage du poussin, ils changent de zones de prospection et effectuent en alternance des trajets de courte et de longue durée, s'alimentant dans les eaux environnant l'archipel lors de trajets de 1-2 jours, et dans les eaux océaniques antarctiques lors de voyages de 6-10 jours.
Une telle stratégie double existe chez de grandes espèces comme les albatros, mais également chez le pétrel bleu et les prions de Kerguelen. La présence de krill antarctique dans la nourriture apportée au poussin indique que ces oiseaux, trop petits pour être équipés de balises Argos, prospectent également les eaux antarctiques à plus de 1000 km de leurs colonies pendant les trajets longs.
Aujourd'hui, les études deviennent pluridisciplinaires, associant océanographie et écologie. Travaillant de concert à terre et en mer et utilisant l'imagerie satellitaire, les scientifiques localisent et caractérisent les zones d'alimentation, souvent des zones de forte productivité tels que les bords de plateaux péri-insulaires et les fronts océaniques. Les oiseaux et mammifères marins sont des intégrateurs spatiaux et temporels du réseau trophique pélagique et la taille de leurs populations est conditionnée par les ressources marines. Ce sont de bons bioindicateurs environnementaux, le suivi de leurs paramètres démographiques et de leur écologie alimentaire nous renseignant sur la variabilité de l'écosystème pélagique.
Yves Cherel
Centre d’Etudes Biologiques de Chizé cebc.cnrs.fr