ÉDITORIAL

Saint Paul et Amsterdam sont à 5 jours de route de la Réunion, Crozet à 6 jours et Kerguelen à 7 jours.

 En pêche à proximité de ces deux archipels, les équipages, en grande partie réunionnais et bretons travaillent entre les " quarantièmes rugissants " et les " cinquantièmes hurlants ". Les conditions sont extrêmes pour mettre son chalut à l'eau ou poser sa palangre par force 9 à 10 et des vagues déferlantes de 7 à 8 mètres de haut.

 Les zones de pêche sont les plus isolées du monde : pas de port, pas d'aéroport à proximité, seules les bases sont heureusement là en cas de maladie et de blessure. L'accueil y est toujours aussi chaleureux et le personnel très attentif à nos demandes.

 Les rotations du Marion Dufresne, la présence quasi continue de la Curieuse et les missions de surveillance des unités de la Marine Nationale, principalement l'Albatros, sont les seuls liens sur lesquels peuvent compter les bateaux de pêche.

 Sur place, la solidarité entre les gens de mer est grande comme traditionnellement dans le domaine maritime.

 Pour les armements français basés à la Réunion, la pêche dans les zones économiques des Terres Australes et Antarctiques Françaises s'est cantonné jusque 1980 à l'exploitation du gisement de langouste de Saint Paul et Amsterdam. Les quantités disponibles fixées par le Muséum d'Histoires Naturelle, sont limitées. Des pirates ont aussi fait quelques tentatives, dont une s'est terminée par le naufrage du navire pirate, pris en chasse par l'Albatros.

 Les eaux de Kerguelen et de Crozet n'ont attiré pendant de longues années que les flottes industrielles de pêche étrangère à la recherche de baleine et espèces diverses, poissons des glaces et autres notothénidaes, souvent très appréciées par la population de ces pays. 

Les chalutiers soviétiques ont dans les années 70 développé un effort de pêche important, incontrôlé, dont on ignore avec précision l'ampleur. Des espèces, comme le colin austral ont ainsi complètement disparu, de nombreuses années seront nécessaires pour que les stocks se reconstituent.

 Au début des années 1980, poussés par l'administration des Terres australes et antarctiques françaises et avec l'appui scientifique du Muséum d'Histoire Naturelle, l'Austral de la Sapmer et un autre chalutier Le Sydéro exploité par l'Armement des Mascareignes de la Réunion ont durant de longues et coûteuses campagnes, exploré les zones économiques de ces archipels. Grâce à la persévérance de l'équipage de l'Austral et du capitaine Barbarin, certainement un des hommes qui connaît le mieux ces mers australes, des concentrations de légines ont été découvertes au large des côtes de Kerguelen et, en moindre proportions, à Crozet. Le potentiel en légines de la zone économique de Kerguelen s'avèrerait être l'un des plus importants du monde.

 Pour une exploitation rationnelle de cette ressource à long terme, des quotas de captures ont été instaurés et une réglementation drastique mise en place pour la protection de l'ensemble de l'environnement marin. Pour la campagne 1999/2000, 4 armements français de grande pêche ont été autorisés à pêcher la légine à Kerguelen et à Crozet, Armement le Garrec (2 palangriers), Armement Sapmer (1 chalutier et 1 palangrier), COMATA (1 chalutier) et les Armements Réunionnais (1 palangrier ), soit un total de 6 bateaux, qui acquittent tous une redevance.

 Ce poisson à la chair blanche à taux de graisse élevé, connaît un gros succès commercial aux États-Unis et dans les pays asiatiques, notamment au Japon, à Hongkong et à Singapour. Depuis maintenant plus de 3 ans et avec les perspectives de profits importants, des bateaux non autorisés, en grande majorité hispanique, ont littéralement envahi les zones de pêche de Crozet et de Kerguelen. Malgré les moyens mis en oeuvre par la Marine Nationale (15 navires ont été arraisonnés en 3 ans), de sévères condamnations pour les capitaines et une réglementation des pêches qui se voudrait dissuasive, le piratage continue, facilité par une passivité bienveillante des autorités de l'île Maurice où beaucoup de navires trouvent une base arrière pour l'armement de leurs navires

 La pêche est devenue prépondérante aussi bien pour l'économie des Terres australes et antarctiques françaises que pour celle de la Réunion où les produits de la mer, langouste et légine en grande partie, figurent au deuxième rang les exportations du département. Les armements français ont investi en conformité avec les quotas en cours., Mais la ressource est limitée et très exposée aux pirates à la recherche de profits immédiats.

L'avenir de la grande pêche dans les Terres Australes repose sur les moyens mis en oeuvre par : 

- La Marine Nationale gardienne de la souveraineté nationale, 

- Le législateur français qui doit durcir et adapter la réglementation en cas d'arraisonnement, 

- La diplomatie qui peux faire pression sur des pays que l'on dit "amis".

Il est prouvé que la majeure partie des bateaux non autorisés sont managés par des industriels d'un pays de l'Union Européenne, avec lequel la France a de lourds contentieux dans le domaine de la pêche.

Notre pays doit faire un choix politique : s'il ne peut ou ne veut pas se donner les moyens d'une action vigoureuse tout azimut, alors la grande pêche réunionnaise disparaîtra de façon irréversible par manque de ressources avec toutes les répercussions pour les économies des Terres australes et antarctiques françaises

JACQUES DEZEUSTRE

PDG de la Sapmer