Recherche

CONTRÔLEURS DE PÊCHE

Depuis la création des Zones Économiques autour des îles australes françaises (1978) un nouveau personnage est apparu dans le paysage marin austral : le contrôleur de pêche " COPEC ". Chargé de représenter l'administrateur supérieur à bord des navires de pêche, son rôle ne se limite pas à s'assurer que les capitaines remplissent bien les carnets de pêche devenus obligatoires et que les captures déclarées correspondent au mieux avec la réalité. Un programme scientifique leur est confié qui les occupe une bonne partie de la journée (et souvent de la nuit) tout au long de leurs embarquements, week-end compris !

Mis au point il y a plus de 20 ans, ce programme évolue avec les pêcheries. Il est demandé au contrôleur d'effectuer régulièrement des mensurations de poissons (ou de langoustes !) selon un protocole qui évite d'être influencé par un choix arbitraire (une belle taille par exemple !). Des analyses simultanées sur l'état sexuel, le régime alimentaire, des prélèvement (écailles, otolithes dans le cas de poissons) pour la lecture de l'âge (méthode similaire que celle utilisée à partir des cernes sur une coupe d'un tronc d'arbre), pour la séparation des populations (tissus musculaires pour analyse moléculaire ou biochimique) leur sont demandés, et désormais toutes les données sont enregistrées, d'abord sur magnétophone, puis sur micro-ordinateur portable pour faciliter

le traitement ultérieur en laboratoire. Des pesées régulières permettent également d'établir les taux de conversion entre le produit final (filet de poisson, queue de langouste ... ) et le poids initial de la capture. Les pertes sont évaluées (pourcentage de rejet des captures secondaires) et les interactions entre la pêcherie et l'environnement quantifiées (mortalité accidentelle d'oiseaux, prélèvement des orques et otaries sur la capture remontée par les palangres, abondance de cachalots lors de la pêche ... ). Bien entendu, parfois, la connaissance des contrôleurs bute sur des échantillons non identifiés ou des observations originales. Quand c'est possible le tout est alors congelé pour identification au laboratoire ou photographié, et bien, des surprises (becs de calmars géants dans les estomacs de requins de 5 m par exemple) proviennent de cette perspicacité. Des heures 8 à 10 heures pour une remontée de palangres passées à l'usine du chalutier dans un bruit d'enfer ou sur le pont dans le froid pour compter les prises ou les hameçons vides. Un travail dur tirant profit de l'origine professionnelle variée de chacun (milieu de la pêche, scientifique, ancien militaire) et complétée par une formation préalable en laboratoire.

Un coup de chapeau que je tiens à donner aux " COPEC " qui viennent de partir sur des mers hostiles pour la campagne 2000/2001, solitaires sur chacun de leur navire. Leur statut particulier, à l'écart des bases qu'ils côtoient sans pourtant en profiter et à bord de navires bien à part de l'équipage, mérite le respect et la compréhension.

G. Duhamel
Professeur au Muséum national d'histoire naturelle