HISTOIRE

Histoire  

 

JULIEN CROZET SUR L'ÎLE DE LA POSSESSION

 

Le 13 janvier 1772, au sud de Madagascar, le capitaine Marion Dufresne et son second le capitaine Julien Crozet découvrent les actuelles îles Prince Edouard et Marion puis, le 22 janvier, les groupes des Cochons, des Pingouins, des Apôtres. Le froid est intense, la pluie augmente sans cesse, un immense iceberg frôle les navires. Le 24 janvier, on aperçoit une nouvelle terre et des montagnes très élevées. Marion Dufresne envoie Crozet débarquer dans une sorte de baie, c'est l'actuelle baie du Navire de l'île de la Possession. Voici un extrait du journal de Crozet.

" Dès que j'eus mis pied à terre, mon premier soin fut de déposer selon l'usage la bouteille qui renfermait l'acte de prise de possession, sur le sommet d'une pyramide élevée à 50 pieds au dessus du niveau de la mer, et formée par de grosses roches entassées les unes sur les autres...

Je gagnais aussitôt une éminence, d'où je découvris de la neige dans plusieurs vallées. La terre paraissait aride, couverte d'un petit gramen très fin. Les rochers étaient couverts de mousse et de lichen. Le goémon qui bordait la côte était d'une grosseur extraordinaire et portait des feuilles très larges. Je ne pus découvrir dans cette île aucun arbre ni arbrisseau. Je n y ai pas resté assez longtemps pour y découvrir de l'eau douce, mais il y a apparence qu'on en trouverait dans les vallées.

Cette île, exposée aux ravages continuels des vents orageux de l'ouest qui règnent toute l'année dans ces parages, ne paraît pas habitable. Les animaux, qui n'avaient jamais vu d'hommes, n'étaient points farouches, et se laissaient prendre à la main. Les loups marins continuaient leurs sauts et leurs jeux en notre présence sans paraître le moins du monde effarouchés.

Au point où nous étions, tout nous promettait la découverte du Continent Austral si nous avions pu nous avancer au sud est... ".

Cependant, les deux navires qui se sont abordés dans la brume épaisse et qui souffrent d'avaries, fuient vers l'est devant le mauvais temps. Le 13 juin, sur la côte de Nouvelle Zélande, Marion Dufresne et une trentaine d'hommes qui sont allés couper du bois, sont massacrés par les indigènes. Le capitaine Crozet, lui revient vivant et fait le récit du voyage. Lui-même mourra en mer en 1784 à l'âge de 56 ans.

 

Gracie Delépine Conservateur en chef honoraire à la Bibliothèque Nationale de France