DUMONT D'URVILLE ET LA DECOUVERTE DE
TERRE ADÉLIE

Des quatre districts
du Territoire, celui de Terre Adélie est le plus ancien reconnu comme dépendant de la
souveraineté de la France, même si une base permanente scientifique n'y fut installée
qu'en 1948. Le débarquement qu'y effectue en 1840, le lieutenant de vaisseau Jules Dumont
d'Urville, est aussi le premier débarquement jamais réussi sur le continent antarctique.
Dumont d'Urville,
né en Normandie en 1790, a commencé sa carrière en faisant un grand voyage de
circumnavigation, en 1822-1825, sur la Coquille. En 1826-1829, il commande une expédition
dans le Pacifique, sur l'Astrolabe (ex Coquille), à la recherche des restes de
l'expédition de Lapérouse, qu'il retrouve à Vanikoro.
Puis, sur
l'instigation des savants Ampère, Arago, Gauss, Humboldt, trois expéditions sont
montées pour vérifier les théories sur le magnétisme terrestre : celle de l'Anglais
Sir J-C Ross, en 1839-1843, avec l'Erebus et le Terror, qui donne son nom à la Barrière
de Ross, celle de l'Arnéricain Ch. Wilkes, en 1838-1842, avec le Vincennes et le
Porpoise, qui arrive sur la bordure du continent antarctique qui porte aujourd'hui son
nom, et celle du français Dumont d'Urville, en 1837-1840, avec l'Astrolabe et la Zélée,
la seule à réussir un débarquement.
Après avoir tenté
de traverser les glaces au sud du Cap Horn, et malgré une trentaine de morts dues au
scorbut, Dumont d'Urville part d'Hobart le 1er janvier 1840. Le 19 janvier, il
aperçoit un immense ruban de terre, haut de 400 à 600 M, recouvert de glace,
qu'il longe sur 150 miles : la terre antarctique est découverte, et le 21 janvier 1840,
la cérémonie de prise de possession a lieu à l'emplacement de l'actuelle
Pointe-Géologie.
Voici le récit de l'enseigne de
vaisseau Duroch: " Le temps est magnifique, les corvettes sont entourées d'une
grande quantité de glaces, toutes très élevées. La brise est à l'est, joli frais et
nous en profitons pour nous rapprocher de la terre que nous dévorons des yeux, mais, pour
y arriver, nous sommes obligés de donner tête basse à travers un véritable labyrinthe
d'îles de glace, qui heureusement offre des passes praticables [ ... ] Nos navires
glissent silencieusement, effleurant parfois, du bout de leurs vergues, ces
imposantes masses qui souvent dominent leur mâture " [ ... ] jamais la voix de
l'homme n'avait encore retenti dans ces solitudes glacées... Nous touchons [la terre] et
nos brillantes couleurs se déroulent et flottent majestueusement sous le cercle polaire,
aux bruits des hourras d'allégresse, sur prie rude roche de granit rougeâtre, dominée
par douze cent pieds de glaces éternelles ! "
Enfin, voici le
rapport de Dumont d'Urville : "Alors, j'annonçai aux officiers rassemblés en
présence de l'équipage que cette terre porterait désormais le nom de Terre Adélie.
Cette désignation est destinée à perpétuer le souvenir de ma profonde reconnaissance
pour la compagne dévouée qui a su par trois fois consentir à une séparation longue et
douloureuse ".
Promu contre-amiral,
Dumont d'Urville entreprend la rédaction de son Voyage au Pôle Sud, lorsqu'il meurt
tragiquement, le 8 mai 1842, dans Laccident du voyage inaugural du chemin de fer de
Paris à Versailles...
Gracie Delépine
Conservateur en chef de la Bibliothèque Nationale