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UTILISATION DES POPULATIONS MICROBIENNES DES MILIEUX POLAIRES DANS LA LUTTE CONTRE LES MARÉES NOIRES

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L'écosystème marin austral et antarctique est à ce jour pratiquement vierge de pollutions dues aux hydrocarbures. Cependant, trois accidents de navigation récents démontrent la réalité des risques de "marée noire" dans les zones polaires. Le naufrage du pétrolier Exxon Vaidez, au large des côtes de l'Alaska en 1989, s'est traduit par le déversement d'une très importante quantité de pétrole brut. Dans l'Antarctique, les navires de relève Nella Dan et Bahia Paraiso se sont respectivement échoués au large des îles Macquarie et de la péninsule antarctique. Il s'agit d'accidents relativement mineurs mais qui ont entraîné des fuites significatives de carburants et de lubrifiants rejetés à la côte. Il est donc particulièrement important de développer des techniques de lutte adaptées à d'éventuelles pollutions de ce type.

Dans son principe, l'utilisation des populations microbiennes, appelée " bioremédiation ", est simple. Il s'agit de " remédier" aux dégâts induits par l'activité humaine en utilisant au mieux les possibilités biologiques du milieu naturel. Dans la nature, il existe, à peu près dans tous les écosystèmes, des organismes, essentiellement des bactéries, capables de dégrader les hydrocarbures. L'objectif en cas de marée noire est donc, d'une part de favoriser la multiplication de ces organismes, et d'autre part de les épauler dans leur action de biodégradation.

Dans l'Antarctique, les études ont commencé en 1980 dans le cadre d'une coopération entre la mission de recherche du Territoire et la société Elf qui avait mis au point un produit de traitement des marées noires baptisé Inipol Eap 22" et souhaitait tester son efficacité dans les zones froides océaniques qui représentent une part non négligeable de l'océan mondial.

Les premières études ont porté sur les eaux subantarctiques. Elles ont été, de 1980 à 1984, à la fois dans des bacs expérimentaux placés à proximité du laboratoire de biologie marine de Port-aux-Français et dans un incubateur in situ installé dans une petite crique très abritée de la baie du Morbihan. Les résultats de ces études se sont montrés parfaitement concordants et concluants. Bien qu'ayant échappé à toute pollution conséquente, les communautés bactériennes polaires, sont parfaitement capables de réagir à une contamination par hydrocarbures et l'ajout de l'additif " Inipol Eap 22 " se traduit toujours par une "dynamisation " spectaculaire des microflores et une augmentation significative des taux de biodégradation. L'efficacité du traitement devait par la suite être vérifiée "en vraie grandeur" avec les divers essais de décontamination menés avec succès sur les sites pollués par l'Exxon Vaidez.

Daniel DELILLE

Laboratoire ARAGO