Entretien

MESSAGE D'ISABELLE AUTISSIIER

Membre du Conseil consultatif du territoire

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"Il fait beau et chaud sur Charleston (Caroline du Sud) et j'emballe mes affaires pour mon quatrième départ dans une course autour du monde en solitaire.

Dans le tri des cartes marines, ressort, inévitablement, la carte de Kerguelen. Tout a coup, je m'en souviens, comme si c'était hier : le bateau démâté dans l'océan Indien, la route sous gréement de fortune, l'arrivée sur Kerguelen, et là ... le choc ... l'incroyable mur de falaises grises, déchiquetées, tourmentées, broyées par la main du diable. De la grisaille des nuages qui roulent en permanence ressort, de temps en temps, une lumière pure et dure qui enflamme l'herbe rase. Incroyable, inoubliable, je n'ai jamais vu un tel spectacle. Il faut se pincer pour être sûr que l'on est bien sur la terre !

Peu à peu le découvre ces baies peuplées d'oiseaux et de mammifères marins, là ou rien ne porte la trace de l'homme sur des dizaines de milles de côtes désertes. J'ai l'impression de débarquer dans les livres d'aventures de mon enfance. Au matin, je découvre les habitants de cette planète grise, des hommes chaleureux, venus dans ce bout du monde simplement pour observer ces oiseaux, ces étoiles, ces lichens multicolores, venus essayer de comprendre cette étrange nature.

Pour m'aider, ce jour-là, ils auront ces gestes simples de la solidarité, de l'amitié gratuite, de l'enthousiasme et ça n'est pas seulement mon bateau que je réparerai ici, mais aussi un peu de mon âme malmenée par les hautes latitudes.Cette brève escale reste l'un de mes trésors secrets. L'hiver prochain, en repassant au large de Kerguelen, je sais que je me sentirai proche, à nouveau, de cette terre extrême et de ses habitants".

Isabelle AUTISSIER Le 23/09/1998