
Dans les régions polaires, les premiers à avoir rapporté l'existence de tels troubles ont été, au siècle dernier, les médecins des expéditions maritimes s'aventurant au-delà du cercle polaire. Tous ont insisté sur la fréquence de l'insomnie que l'Amiral Byrd (1931) avait appelée phénomène du "Big eye" (grand oeil). Les troubles du sommeil étaient considérés comme endémiques à l'époque "héroïque" des expéditions polaires.
Les Terres australes et antarctiques françaises, et notamment la Terre Adélie, constituent un terrain privilégié pour les études sur le sommeil.
Leur objectif est, d'abord, sur le terrain, de tenter de remédier à de tels troubles pouvant remettre en question le bon déroulement de la mission. A plus long terme, il s'agit, à titre préventif, d'améliorer la sélection des personnels et de prévenir l'apparition de ces manifestations. D'une manière plus générale, les enseignements tirés de ces études ne se limitent pas aux zones polaires mais peuvent être directement transposables à tous les types de milieu isolé et confiné.
Depuis 1997, les hivernants successifs de la station Dumont d'Urville en Terre Adélie participent à une étude de suivi qualitatif de leur sommeil. Celle-ci est menée par une équipe du centre de recherche du service de santé des armées, les docteurs Buguet, Quéroy et Bourdon.
Les micromouvements de leur corps sont enreqistrés par l'intermédiaire de sur- matelas actimétriques. Leur analyse donne une image objective de la qualité du sommeil nocturne (calme ou agité) et de ses variations à long terme. Elles sont corrélées avec les données du suivi de l'adaptation psychosociale.
Ces études confirment que les modifications observées ne sont pas spécifiques du climat polaire mais liées à la combinaison de diverses nuisances telles que l'altitude, la disparition du cycle lumière/obscurité, la limitation de l'activité physique, les contraintes psychosociales inhérentes à la vie en milieu isolé et confiné.
On s'aperçoit ainsi que si les hivernants se plaignent d'avoir un sommeil léger et fréquemment interrompu, l'insomnie est actuellement rare entraînant la disparition du phénomène.