
" Le 19 janvier 1997 vers 19hOO, alors que je ne suis qu'à quelques kilomètres du but, j'aperçois deux silhouettes qui se dirigent vers moi. Après tant de jours passés en compagnie du vent, de la glace et de la solitude, les êtres humains ne font plus partie de mon monde. Un étrange sentiment de panique m'envahit, Marek Kaminski me prend dans ses bras et le vertige s'estompe. J'ai réussi, je suis devenue le premier français à atteindre le pôle sud en solitaire.
57jours plus tôt, le 24 novembre 1996, j'ai quitté la côte avec un traîneau de 150 kg. À l'intérieur, 60 jours de ration à7000 cal, réchauds, carburant, tente, sac de couchage, matériel d'orientation et de progression. Enfin, tout ce dont j'ai besoin pour survivre seule au milieu d'un continent qui n'est pas réputé pour sa " convivialité ".
Rapidement, je me rends compte que le poids du traîneau ne me permet pas de couvrir un nombre de kilomètres suffisants. Je prends du retard et par sécurité, 10 jours après mon départ, je demande l'organisation d'un ravitaillement à mi-parcours.
L'adaptation fut brutale mais, petit à petit, jour après jour, j'ai trouvé mon équilibre et une sorte d'harmonie qui m'a permis de " décrypter " l'Antarctique et d'adhérer à ses exigences. J'ai appris à vivre avec le vent, le froid et les crevasses sans les craindre mais avec lucidité. Chaque jour devenait une victoire à part entière. J'ai découvert que je pouvais me faire confiance. De cette fusion " hors norme " avec la nature, j'ai gagné ma liberté et le sentiment d'exister sans avoir à me justifier.
De retour en France, entre l'intérêt des médias et les conférences mises en place par mes sponsors, le temps n'avait plus la même signification. Je fus parfois un peu dépassée, mais la beauté de l'Antarctique, dont je m'étais imprégnée, m'a fait traverser ce moment difficile. Rapidement, j'ai compris qu'il fallait que je reparte.
1999, nouveau départ, cette fois-ci depuis Hercules Inlet, pour rejoindre le Pôle Sud puis atteindre le Dôme C, avant de regagner la base française de Dumont d'Urville, en Terre Adélie. "
Laurence de LA FERRIÈRE