EDITORIAL

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Le territoire des Terres australes et antarctiques françaises est sans aucun doute le territoire d'outre-mer le plus mal connu car le plus inaccessible impossible de s'y rendre en avion, six jours de mer en moyenne dans les "quarantièmes rugissants" et les "cinquantièmes hurlants" pour rejoindre depuis la Réunion avec le Marion Dufresne Il les archipels des Kerguelen, de Crozet, les îles Saint-Paul et Amsterdam, ou pour atteindre à partir de la Tasmanie, la Terre Adélie avec le navire polaire l'Astrolabe.

Ces terres extrêmes incitent toujours au rêve, un rêve superbement illustré et nourri par la philatélie. Elles évoquent souvent des forces naturelles hostiles, causes de nombreux naufrages à l'époque des phoquiers et des baleiniers du siècle passé.

Mais au total, les images qu'elles nous offrent d'elles aujourd'hui sont incomplètes, brouillées et déformées. Elles nous suggèrent parfois une perception de désolation très éloignée de la réalité. Ces terres sans population autochtone ne sont pas seulement le lieu d'habitation de manchots sympathiques ou de chercheurs avides de solitude. Elles méritent vraiment d'être mieux connues.

Leur environnement est incroyablement bien préservé et les quelque 200 scientifiques et techniciens installés en permanence dans les quatre bases y vivent en parfaite harmonie avec une faune extraordinaire. Les travaux scientifiques

qui y sont menés sont insuffisamment connus du grand public, en particulier quand ils ont un impact sur notre vie quotidienne ou sur la recherche médicale.

Mais ces hommes et ces femmes, qu'ils soient chercheurs, techniciens, scientifiques, ouvriers ou médecins, au-delà des travaux remarquables qu'ils accomplissent tout au long de l'année sur ces terres au climat particulièrement rude, permettent aussi à la France d'exercer sa souveraineté sur cette partie du monde. Car les enjeux de ces terres extrêmes ne sont pas que scientifiques, ils sont aussi économiques et stratégiques. Avec une zone maritime égale à trois fois la superficie du territoire métropolitain, et comportant des ressources halieutiques très prisées, comme la légine ou la langouste, les Terres australes sont aujourd'hui très convoitées par certains armements étrangers dont les activités de pêche illicites sont sévèrement sanctionnées par l'état français.

Lieux privilégiés pour l'observation des satellites et pour la détection des essais nucléaires, les îles Kerguelen disposent d'une station d'observation du Centre National d'Etudes Spatiales. Elles ont été choisies par le Commissariat à l'énergie Atomique, avec Crozet et la Terre Adélie, pour l'implantation de stations de surveillance permettant à la France de remplir ses engagements au titre du Traité de Vienne sur l'interdiction complète des essais nucléaires.

C'est donc un Territoire d'une très grande diversité, aux richesses et atouts insoupçonnés , qui mérite d'être mieux perçu.

Cette lettre d'information trimestrielle a pour objectif de le faire connaître dans le cadre des réflexions sur son avenir conduites actuellement par le secrétaire d'état à l'Outre-mer, Monsieur Jean-jack Queyranne.

Elle a aussi l'ambition de mieux faire comprendre l'intérêt pour la France de ces terres extrêmes, de susciter des vocations pour y servir, en essayant de faire partager la passion de ceux qui y travaillent dans des conditions difficiles mais exaltantes.

Brigitte GIRARDIN

Administrateur Supérieur des Terres australes et antarctiques

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